JE NE DÉDAIGNAIS PAS, ce soir-là, de jouer le rôle imprudent qu’il m’avait assigné, celui de l’ingénue charmée par l’éminent professeur. J’avais aussi, c’est vrai, envie de partager cette célébration qui me semblait à la fois si abstraite et si grisante. La mort d’un dictateur, une mort que l’on apprend alors qu’on est soi-même en exil.
Son parcours était fascinant. J’étais pendue à ses lèvres… Kostas avait abandonné ses parents là-bas, dans le sud de l’Albanie, ses frères et sœurs, une fiancée également. Je les imaginais camouflant leur chagrin, terrifiés à l’idée des représailles. En 1979, le Parti du travail l’avait autorisé à se rendre à Paris pour un colloque littéraire international. Là, il avait réussi à semer les agents de la Sigurimi! Il s’étonnait d’avoir accompli cet exploit, lui, un…
