À Zurich, en 1981, on se pinçait le bras. La chose était-elle humainement possible? On jouait – résurrection absolue – Lucio Silla, deuxième étape du nouveau cycle Harnoncourt/Ponnelle, le Mozart seria, inauguré avec Idomeneo. Sur scène, de sublimes marquis XVIIIe siècle en justaucorps et catogans, à grandes manières (vocales aussi). En décor, des transparences de Piranèse. Et en Giunia (« Ah! Se il crudel periglio »), une Gruberová qui dans l’impossible faisait le plus qu’impossible: des vocalises serrées, piano, émotionnelles et pathétiques (quoique simples vocalises) qui dans le même souffle se continuaient, se couronnaient par les mêmes vocalises, pianissimo cette fois, intérieures, plus pathétiques donc si possible. […]
Non moindre prouesse est le fait qu’un quart de siècle plus tard, après l’avoir essayée en concert, elle ose en scène Norma,…
