Au départ, il n’y avait pas d’égalité.
Au clavier, la main droite profitait de la mélodie, séduisait en y ajoutant des ornements, tandis que la main gauche l’accompagnait, docile. À la droite l’émotion, les traits étincelants. À la gauche, simple servante, les basses. Puis il y eut un miracle, un moment de parité: Bach! Gorgée de structures, pleine de sens, sa musique contrapuntique demandait aux deux mains d’exposer identiquement les voix superposées, supprimant toute subordination. La fugue représenta le pic de cette gémellité.
Hélas, rien n’est jamais acquis: l’époque classique replaça la main gauche dans l’ombre de la main droite, épouse au service du maître.
Les romantiques attaquèrent cet asservissement. Ils exigèrent beaucoup de la main gauche, la haussèrent à une dextérité équivalente en multipliant les études et les exercices…
