Il y a un malentendu entre le silence et la musique : on les croit opposés, voire ennemis.
Ce malentendu, notre siècle l’accroît. Ne nécessitant plus de musiciens en chair et en os pour jouir d’un orchestre, nous empruntons des ascenseurs en musique, nous achetons, conduisons, dînons, buvons, urinons en musique, et, grâce aux oreillettes, marchant, courant, pédalant, skiant, nous parcourons la nature en musique.
Notre époque édifie-t-elle un âge d’or, celui où la musique triomphe? Pourtant, les gens, quoiqu’ils accèdent à la musique, la pratiquent de moins en moins : ils chantent peu, l’apprentissage des instruments stagne – à part en Chine. On peut s’inquiéter aussi que la musique populaire, sur les radios, dans les magasins ou les boîtes de nuit, fuie frénétiquement le silence. Les morceaux s’enchaînent en…
