La France est un pays médiocrement musicien qui produit de grands musiciens. Peu de quantité, beaucoup de qualité. Dans une culture musicale chiche, marginale, des compositeurs et des interprètes de génie se multiplient. Voici notre paradoxale géographie musicale : une immense plaine, très plate, coupée de brusques sommets pointus. D’un côté, je me réjouis de ce paysage qui, de Couperin à Messiaen, en passant par Rameau, Berlioz, Gounod, Bizet, Saint-Saëns, Fauré, Debussy, Ravel, Poulenc, Dutilleux, présente tant d’auteurs majeurs. Malgré les différences de tempéraments, je perçois même un parfum national, une continuité dans le raffinement, la sensualité, le goût des couleurs instrumentales ou des harmonies subtiles. La musique mondiale serait une veuve sévère, raide et tourmentée sans la soyeuse, chamarrée et frémissante musique française.
D’un autre côté, je m’inquiète. La…
