Il est des enchantements que l’on éprouve dès le premier jour, mais qu’une vie entière peine à comprendre.
Pour moi, Mozart arrive en tête de ces envoûtements lents. Si Mozart me séduit, me bouleverse, m’influence depuis l’enfance, sa lumière m’a longtemps aveuglé avant de m’éclairer, car sa clarté ne se montre pas si claire. À quinze ans, j’ai découvert Les Noces de Figaro sur la scène de l’opéra lyonnais. J’ai raconté dans Ma vie avec Mozart comment un air, un seul, celui de la comtesse, « Dove sono », avait arraché à sa déprime morbide l’adolescent que j’étais, un garçon las de vivre, ou effrayé, qui avait planifié son suicide. S’emparant d’une voix de soprano, Mozart avait retenu mon geste fatal; magistralement, en quatre minutes, il m’avait guéri… par la…
