Il faut l’imaginer il y a 20 ans. Maigre comme un clou, les cheveux mi-longs, l’air maladif, le regard effrayé, Jonathan Franzen, 37 ans, a sans doute atteint le point le plus bas de sa vie. Il a écrit deux romans qui n’ont pas marché, son mariage a échoué, son père vient de mourir. Le voilà qui s’avance sur la scène du Limbo, un café littéraire de New York réputé pour faire et défaire les carrières. Timidement, il donne une lecture de ce qui deviendra plus tard le début des Corrections. Dans la salle, ses amis écrivains Donald Antrim, Rick Moody et Jeffrey Eugenides, venus le soutenir, le comprennent d’emblée: ce qu’ils sont en train d’écouter est “superbe”, selon les mots de ce dernier. Mais lui n’en semble pas si…