De François Mitterrand, chacun garde le souvenir qui lui convient. Son élection, il y a quarante ans, amena la gauche au pouvoir. Vinrent les grandes réformes sociales, que suivirent bien des désillusions; des avancées et des reculades, des réalisations monumentales et de sordides affaires. Prince de la politique sinueuse, il collectionna les tournants: la rigueur de 1983, l’école libre en 1984, la cohabitation en 1986, la construction européenne en 1992… Hiératique et mystérieux, il était surnommé « le Sphinx » – avec le recul, ça lui convenait mieux que «Tonton». À son entrée à l’Élysée, les Français ignoraient – à de rares exceptions près – qu’il poussait l’art du dédoublement jusqu’à avoir deux familles. Des années durant, l’existence de Mazarine, sa fille chérie et cachée, ne s’est murmurée qu’entre initiés.…