Il voudrait rester dans son rôle de scientifique, analyser froidement, ne pas juger le politique, surtout ne pas polémiquer. Mais l’ampleur du désastre l’afflige, parce qu’il l’a tôt senti, annoncé, décrit, en haut lieu, sans être écouté. «On a perdu un temps précieux, le gouvernement n’a pas pris assez vite la mesure de cette crise systémique, sanitaire et urbaine », fulmine le Pr Carlos Moreno. Il parle à bonne distance, sans masque, barbe en friche et yeux voilés, à force de rester collés à l’ordinateur. Des informations du monde entier, courbes folles et e-mails ultra-confidentiels, bousculent nuit et jour la petite maison de Sevran où il s’est confiné avec sa compagne. Pas de répit, le cerveau mouline dans l’angoisse, tandis qu’au-dehors, le printemps jaillit, insolent. « Le 8 mars, j’avais…