Faire l’histoire des intellectuels de la seconde moitié du xxe siècle, ausculter, départager leurs engagements, est une passion française. Maladivement mélancolique. Preuve par l’icône : depuis vingt ans que cette histoire est devenue un genre à part entière, elle a un unique héros. Des travaux de Michel Winock à ceux de François Dosse, c’est encore et toujours Sartre, le « contemporain capital », qui trône en couverture. Même si son œuvre a délaissé les rayons des librairies, à part l’indécrottable Nausée, sa trombine de comptable, plus Pollux que Castor, rayonne, émeut toujours. Lui et ses camarades de l’après-guerre – Camus, Lévi-Strauss, Merleau-Ponty, Aron, Foucault, Barthes, Lacan, Deleuze –, par-delà leurs divergences, ont en commun le panache de la pensée, rigoureuse jusque dans ses vagabondages, flamboyante jusque dans ses austérités théoriques.…