Michel Barnier se couche de bonne heure. Dans la salle à manger du château de Canisy, merveille de la Manche construite dès le XIIIe siècle, ils sont, en ce début des années 1980, 40, 50 invités, dînant autour d’une table entourée de tableaux de chasse, certains signés Jean- Baptiste Oudry, le peintre des battues royales de Louis XV. Leurs week-ends sont gais parmi les 70 pièces de la demeure, où pétillent les conversations et se vident les bouteilles de calva, sous l’oeil du maître des lieux, Denis de Kergorlay, descendant de Guillaume le Conquérant et ancien trésorier de Médecins sans frontières. Autrefois dormaient entre ces murs Henri IV ou Alexis de Tocqueville, désormais y festoient avocats, ministres, hauts fonctionnaires, écrivains, tous soit de gauche, soit de droite – à l’époque…