Pendant que les convives se dispersent après un déjeuner estival prolongé, au cours duquel la politique française, la guerre froide et le blocus de Berlin ont été débattus, deux hommes s’éloignent, et discutent, à quelques mètres du chalet familial sur les hauteurs de Megève, le profil du massif du Mont-Blanc en arrièreplan. Leurs familles se connaissaient avant la guerre, Simon Nora et Jean-Jacques Servan-Schreiber, eux, se rencontrent à l’issue de leurs combats et nouent, au tournant des années 1950, une amitié féconde. Ils sont animés par la même vocation pour l’intérêt général, un goût constant de convaincre les citoyens, qui prend sa source, pour le premier, dans son expérience de jeune résistant face à la défaillance de l’Etat français pendant la guerre.
En juillet 1944, Simon Nora avait, en effet,…
