Au téléphone, Mykola, 57 ans, raconte son histoire, allègre, comme s’il éclusait une bière avec un vieil ami. Pourtant, il sort de l’hôpital et repart vers la ligne de front. Comme de nombreux guides touristiques ukrainiens, la guerre l’a obligé à changer de vie. Accompagnateur, chauffeur, traducteur, il faisait un peu de tout, entre Kiev et Odessa. A l’étranger, aussi, à l’occasion. Amsterdam, Berlin, et puis Paris… qu’il couvre d’éloges: « La France, c’est la liberté. C’est Victor Hugo, que j’adore! » Il y a treize ans, Mykola avait dû rendre son uniforme de l’armée, où il officiait en tant que lieutenant-colonel. On venait de lui diagnostiquer un cancer du sang. « Une fois rétabli, après ma chimiothérapie, tous mes amis s’attendaient à ce que je devienne garde du corps…