La scène date un peu – juin 2013 –, mais fait toujours les délices des féministes turques. Micro en main, le président Recep Tayyip Erdogan, veste à carreaux et phrasé martial, harangue debout une foule de fidèles. Soudain, son épouse, assise à son côté, se lève et lui glisse un mot à l’oreille. Il l’ignore. Elle insiste. Excédé, le reis, réélu dimanche avec 52,5% des voix, rabroue d’un geste impérieux la première dame. Laquelle, ainsi tancée, se tasse humblement sur son siège, un pâle sourire aux lèvres.
Dire que, trente-six ans plus tôt, c’est à la faveur d’un meeting du MSP, l’ancêtre du Parti de la justice et du développement (AKP), la formation islamo-conservatrice au pouvoir, que « Tayyip », costume crème, voix de velours, avait envoûté la jeune Emine,…